LVMH vs Kering : quelle action acheter en 2026? Arbitrage entre la sécurité de LVMH et le potentiel de rebond de Kering. Découvrez notre analyse financière complète
Écrit parMartin LibertFondateur d'Easira
L'année 2026 s'ouvre sur un paysage de l'industrie du luxe radicalement transformé, marqué par la fin définitive de l'ère de l'hyper-croissance facile post-pandémique. La période 2024–2025 a agi comme un révélateur impitoyable des faiblesses structurelles et des erreurs stratégiques, créant une bifurcation historique entre les acteurs refuge et les acteurs en redressement.
Le duel entre LVMH Moët Hennessy Louis Vuitton SE (LVMH) et Kering SA n'est plus une simple comparaison de taux de croissance, mais une opposition entre deux philosophies de gestion du capital, du risque et de la créativité.
D’un côté, LVMH, sous la houlette de Bernard Arnault et de sa famille, a consolidé son statut de super-major du luxe. Avec un chiffre d’affaires de 84,7 milliards d’euros en 2024 et une résilience démontrée par une hausse de 29 % du cash-flow opérationnel au S1 2025, malgré des vents contraires, le groupe incarne la stabilité. LVMH aborde 2026 comme une forteresse, capable d’investir de manière contra-cyclique pour gagner des parts de marché lorsque ses rivaux battent en retraite.
De l’autre, Kering traverse une crise existentielle profonde. La dépendance historique à Gucci, longtemps moteur de profits exceptionnels, s’est transformée en talon d’Achille. Avec une chute des ventes de Gucci de 22 % sur les neuf premiers mois de 2025 et une contraction de 39 % du résultat opérationnel courant au S1 2025, le groupe a été contraint à des mesures drastiques : fermetures de magasins, restructuration massive (ReconKering), coupe sévère du dividende et cession stratégique de la division Beauté à L’Oréal afin d’assainir un bilan sous pression.
Pour l’investisseur en 2026, l’équation est complexe. Le marché a déjà intégré le pire scénario dans le cours de Kering, qui s’échange sur des multiples de détresse, tandis que LVMH conserve une prime de qualité significative. La question centrale est donc la suivante :
le potentiel de rebond spéculatif de Kering offre-t-il un couple rendement/risque supérieur à la croissance composée et sécurisée de LVMH ?
Ce rapport analyse les fondamentaux financiers, l’environnement macroéconomique, les pivots stratégiques et les valorisations relatives afin de formuler une recommandation d’investissement argumentée pour l’horizon 2026–2027.
Après une contraction estimée jusqu’à –9 % du marché des biens personnels de luxe en 2025, les prévisions pour 2026 tablent sur une stabilisation suivie d’un retour progressif à une croissance à un chiffre (mid-single digit). Cette reprise sera toutefois hétérogène et favorisera les marques disposant d’un pricing power intact et d’une clientèle HNWI, moins sensible aux cycles économiques que la clientèle aspirationnelle.
Les analystes (Goldman Sachs, HSBC) anticipent un réengagement progressif des consommateurs chinois en 2026, après une année 2025 marquée par la crise immobilière et la chute de la confiance. La consommation évolue néanmoins vers une logique de valeur refuge, privilégiant les pièces iconiques et intemporelles plutôt que les achats impulsifs de logos voyants.
La faiblesse relative de l’euro face au dollar continue de soutenir les achats touristiques américains en Europe, bien que les dépenses aient décéléré par rapport aux pics de 2023–2024. En revanche, l’appréciation de l’euro face au yuan et au won coréen constitue un vent contraire pour les marges.
Les tensions commerciales potentielles entre l’UE, les États-Unis et la Chine restent une épée de Damoclès, avec un risque de droits de douane ciblés sur certains produits de luxe (champagne, maroquinerie).
Morgan Stanley identifie pour 2026 un choc créatif majeur, inédit depuis 30 ans, avec un renouvellement simultané de nombreuses directions artistiques (Gucci, Valentino, potentiellement Celine et Fendi).
Ce mouvement pourrait marquer la fin du cycle Quiet Luxury (2023–2025) au profit d’un retour au maximalisme.
Historiquement, ces transitions esthétiques stimulent les volumes, car elles rendent les garde-robes existantes obsolètes. Pour Kering, fortement dépendant de la mode et de l’audace créative, ce cycle est une opportunité stratégique majeure. Pour LVMH, plus institutionnel, la transition devra être gérée avec prudence.
| Métrique (en M€) | 2022 | 2023 | 2024 | H1 2025 | Variation H1 25/24 |
|---|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 79 184 | 86 153 | 84 683 | 39 810 | –4 % |
| Marge brute | 54 196 (68 %) | 59 277 (69 %) | 56 765 (67 %) | N/A | Stable |
| Résultat opérationnel courant | 21 055 | 22 802 | 19 571 | 9 012 | –15 % |
| Marge opérationnelle courante | 26,6 % | 26,5 % | 23,1 % | ~22,6 % | –50 bps |
| Résultat net (part groupe) | 14 084 | 15 174 | 12 550 | 4 032 | –22 %* |
| Cash-flow opérationnel | N/A | N/A | N/A | 5 698 | +29 % |
La marge brute de 67 % en 2024 illustre le pricing power exceptionnel de LVMH. Le groupe a refusé les promotions, préférant préserver la désirabilité de ses marques, quitte à sacrifier des volumes à court terme.
La baisse de la marge opérationnelle reflète un effet de ciseau entre coûts fixes élevés et revenus en repli, ainsi qu’un choix assumé de maintenir les investissements marketing.
La hausse de +29 % du cash-flow opérationnel au S1 2025 constitue un signal clé de qualité de gestion, grâce à une optimisation du BFR. Elle garantit la sécurité du dividende et la capacité d’investissement futur.
Cœur du réacteur du groupe. Recul limité (–2 % T3 2025) et amélioration séquentielle. Goldman Sachs anticipe +5 % de croissance en 2026.
Division la plus cyclique, pénalisée par le déstockage US et la faiblesse chinoise. La normalisation attendue en 2026 supprimera un frein majeur à la croissance.
Moteur de croissance sous-estimé, bénéficiant du lipstick effect. Sephora permet à LVMH de capter la valeur sur l’ensemble de la chaîne beauté.
LVMH maintient une stratégie d’investissement soutenue et reste un acteur crédible du M&A. Le titre, valorisé autour de 21x les bénéfices 2026, reste attractif par rapport à ses moyennes historiques.
| Métrique (en M€) | 2024 | H1 2025 | 9 mois 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires groupe | 17 200 | 7 587 | 11 002 | –12 % |
| Gucci | N/A | N/A | 4 370 | –22 % |
| Yves Saint Laurent | N/A | N/A | 1 908 | –8 % |
| Bottega Veneta | N/A | 846 | 1 239 | +2 % |
| Résultat op. courant | N/A | 969 | N/A | –39 % |
| Marge op. courante | N/A | 12,8 % | N/A | –470 bps |
| Dette nette | N/A | 10 176 | N/A | Forte hausse |
La transition stylistique post-Alessandro Michele a désorienté la clientèle. Le levier opérationnel négatif explique l’effondrement des marges.
Croissance positive et marges en hausse, validant une stratégie d’ultra-luxe sans logo.
La cession de Kering Beauté à L’Oréal pour ~4 Mds € est centrale. Elle permettra de réduire la dette et de sécuriser des royalties long terme, au prix d’une perte de potentiel de marge.
| Dimension | LVMH | Kering |
|---|---|---|
| Modèle | Diversification | Turnaround |
| Risque | Dilution | Binaire |
| Beauté | Intégrée | Licenciée |
| Profil boursier | Compounder | Deep Value |
Recommandation : Acheter LVMH
Action de long terme, visibilité élevée, dividende sécurisé.
Recommandation : Acheter Kering (pari spéculatif)
Fort potentiel de re-rating, mais risque élevé.
En 2026, le luxe n’est plus homogène. LVMH est l’action pour dormir tranquille ; Kering est celle pour rêver de rendements élevés.
Allocation recommandée :
Le marché a peut-être puni Kering trop sévèrement, ouvrant une fenêtre d’opportunité rare pour les investisseurs audacieux.
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