Rendement, progression du dividende, part du bénéfice distribuée : les actions du CAC 40 classées, et les rendements élevés qui cachent un risque.
Écrit parMartin LibertFondateur d'Easira
Les actions françaises versent parmi les dividendes les plus généreux des grands marchés, et le PEA permet de les percevoir avec une fiscalité très avantageuse après cinq ans. Encore faut-il distinguer les dividendes solides de ceux qui risquent d'être réduits.
Nous avons passé les 40 valeurs du CAC 40 au crible de trois critères : le rendement, la progression du dividende sur six ans, et la part du bénéfice distribuée. Sur 40 sociétés, 14 passent les trois filtres. Et plusieurs des rendements les plus élevés de l'indice n'en font pas partie, pour de bonnes raisons.
Données Yahoo Finance (dividendes versés, cours et comptes annuels) relevées le 8 novembre 2026 ; calculs Easira. Cet article explique une méthode de sélection, ce n'est pas une recommandation d'achat ou de vente.
| Critère | Seuil | Pourquoi |
|---|---|---|
| Rendement | Au moins 2 % | Un revenu significatif |
| Progression du dividende | Positive entre 2018-2019 et 2024-2025 | Un dividende qui croît protège du coût de la vie et signale la confiance de la direction |
| Part du bénéfice distribuée | 75 % au plus | Une marge de sécurité si les bénéfices baissent |
Une condition d'endettement (dette inférieure à 2,5 fois les capitaux propres) s'ajoute pour les sociétés non financières, et les foncières sont exclues, car leur distribution se mesure sur leurs loyers nets plutôt que sur le bénéfice comptable.
Sur la progression du dividende. Nous comparons la moyenne des dividendes versés en 2018 et 2019 à celle de 2024 et 2025. Cette méthode évite deux pièges : les acomptes qui passent d'une année civile à l'autre, et 2020-2021, quand de nombreuses sociétés ont suspendu ou réduit leur dividende pendant la crise sanitaire. Les dividendes exceptionnels sont inclus. Une année absente de l'historique n'est pas comptée comme un dividende nul. Pour BNP Paribas, qui a versé en 2025 à la fois le solde de 2024 et un premier acompte, nous retenons la progression par exercice (3,02 € au titre de 2018, 4,79 € au titre de 2024), soit 8,0 % par an.
Sur le rendement. Nous retenons les dividendes réellement versés sur les douze derniers mois, divisés par le cours. Exception : Crédit Agricole SA a versé un premier acompte en octobre 2026, en plus de son dividende annuel de mai ; nous ne retenons que ce dernier pour ne pas gonfler artificiellement le rendement.
| Rang | Société | Rendement | Hausse du dividende par an (6 ans) | Part du bénéfice distribuée | Couverture par le cash-flow libre | PER | 12 mois | Note |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Eiffage | 4,5 % | 12,3 % | 44 % | 4,9 fois | 9,7 | − 2 % | 67 |
| 2 | Carrefour | 7,1 % | 14,0 % | 75 % | 3,5 fois | 6,4 | + 5 % | 62 |
| 3 | Crédit Agricole SA | 7,1 % | 8,5 % | 57 % | n. s. | 8,1 | + 1 % | 61 |
| 4 | Vinci | 4,5 % | 10,0 % | 55 % | 2,9 fois | 12,4 | − 4 % | 58 |
| 5 | Orange | 5,0 % | 0,8 % | 18 % * | 1,7 fois | n. s. | + 8 % | 56 |
| 6 | TotalEnergies | 4,3 % | 8,3 % | 40 % | 1,2 fois | 9,3 | + 50 % | 56 |
| 7 | BNP Paribas | 6,3 % | 8,0 % | 51 % | n. s. | 8,0 | + 41 % | 54 |
| 8 | Capgemini | 2,7 % | 12,3 % | 43 % | 3,9 fois | 16,1 | + 2 % | 53 |
| 9 | LVMH | 3,2 % | 14,4 % | 59 % | 2,2 fois | 18,6 | − 32 % | 51 |
| 10 | Saint-Gobain | 3,1 % | 8,5 % | 43 % | 3,1 fois | 13,8 | − 8 % | 49 |
| 11 | Publicis | 3,6 % | 8,7 % | 58 % | 2,9 fois | 16,0 | + 22 % | 43 |
| 12 | AXA | 5,2 % | 8,0 % | 63 % | n. s. | 12,0 | + 18 % | 41 |
| 13 | EssilorLuxottica | 2,1 % | 14,2 % | 75 % | 2,1 fois | 36,2 | − 38 % | 31 |
| 14 | Danone | 3,4 % | 1,7 % | 75 % | 1,9 fois | 22,2 | − 13 % | 18 |
Couverture par le cash-flow libre : rendement du cash-flow libre (cash-flow libre ÷ capitalisation) divisé par le rendement du dividende. À 2 fois, l'entreprise génère deux fois plus de cash que ce qu'elle distribue. n. s. : non significatif pour les banques et les assurances. * La part distribuée d'Orange paraît anormalement basse, ce qui suggère un bénéfice comptable gonflé par un élément exceptionnel ; son dividende est quasi stable depuis six ans. Note sur 100 : rang relatif sur le rendement, la progression du dividende et la part distribuée.
Crédit Agricole SA et BNP Paribas offrent parmi les rendements les plus élevés du classement (7,1 % et 6,3 %) pour une part distribuée d'environ 50 à 57 %. Les banques européennes ont fortement augmenté leurs bénéfices avec la remontée des taux d'intérêt. Le revers : leurs dividendes dépendent du cycle économique et des exigences des régulateurs, qui peuvent imposer leur suspension, comme ce fut le cas en 2020.
Ces trois groupes distribuent moins de 60 % de leurs bénéfices et génèrent de 2,9 à 4,9 fois plus de cash-flow libre que ce qu'ils versent. Leurs dividendes progressent de 8 à 12 % par an. Ce sont les profils les plus équilibrés entre rendement et sécurité.
Leur rendement est plus modeste (2,1 à 3,2 %), mais leur dividende a progressé de 12 à 14 % par an en six ans. Sur le long terme, un dividende qui double en cinq ou six ans finit par rapporter davantage qu'un rendement élevé mais stagnant.
Carrefour verse 7,1 % de rendement, mais distribue 75 % de son bénéfice, à la limite de notre filtre. Sa progression de 14 % par an inclut des dividendes exceptionnels. Son cash-flow libre couvre largement le dividende (3,5 fois), mais ses marges très minces (2,5 %) laissent peu de place à un ralentissement.
| Société | Rendement | Part du bénéfice distribuée | Couverture par le cash-flow libre | Ce qui bloque |
|---|---|---|---|---|
| Pernod Ricard | 6,6 % | 99 % | 1,0 fois | Bénéfice presque entièrement distribué, ventes en baisse |
| Engie | 5,6 % | 83 % | n. d. | Part du bénéfice distribuée supérieure à 75 % |
| Bouygues | 5,0 % | 105 % | 3,6 fois | Distribue plus que son bénéfice comptable |
| Sanofi | 4,9 % | 119 % | 1,5 fois | Bénéfice comptable réduit, mais dividende couvert par le cash |
| Unibail-Rodamco-Westfield | 4,8 % | 42 % | 1,8 fois | Foncière, dividende rétabli récemment après sa suspension |
| Veolia | 4,4 % | 87 % | n. d. | Part du bénéfice distribuée supérieure à 75 % |
| Renault | 7,6 % | 67 % | n. d. | Dividende encore inférieur à son niveau de 2018-2019 |
Deux enseignements :
Toutes ces sociétés sont éligibles au PEA. Après cinq ans de détention du plan, les dividendes y sont exonérés d'impôt sur le revenu ; seuls les prélèvements sociaux restent dus. Sur un compte-titres ordinaire, les dividendes sont soumis chaque année au prélèvement forfaitaire unique. Pour un investisseur qui cherche des revenus, le PEA est donc l'enveloppe à privilégier pour les actions françaises.
Pour simuler l'effet du réinvestissement des dividendes sur plusieurs années, voir le calculateur boule de neige des dividendes et le simulateur PEA.
En rendement brut, Renault (7,6 %), Crédit Agricole SA (7,1 %), Carrefour (7,1 %) et Pernod Ricard (6,6 %) arrivent en tête du CAC 40 en novembre 2026. Mais le dividende de Renault reste inférieur à son niveau de 2018-2019 et Pernod Ricard distribue la quasi-totalité de son bénéfice. Sur nos trois critères, Eiffage, Carrefour et Crédit Agricole SA sont les mieux notées.
Pas forcément. Un rendement très élevé signifie souvent que le cours a baissé parce que le marché doute de la capacité de l'entreprise à maintenir son dividende. Il faut vérifier la part du bénéfice distribuée, la couverture par le cash-flow libre et l'évolution du dividende sur plusieurs années.
La plupart versent un dividende annuel entre avril et juin, après leur assemblée générale. De plus en plus de sociétés versent aussi un acompte à l'automne (Vinci, BNP Paribas, Crédit Agricole SA), et TotalEnergies verse un dividende trimestriel.
Pour une entreprise industrielle ou de services, une part du bénéfice distribuée de 30 à 60 % laisse une marge de sécurité et des moyens pour investir. Au-delà de 75 %, le dividende devient vulnérable à une baisse des bénéfices. Les foncières et certaines sociétés de services aux collectivités distribuent davantage par nature.
Non. Un dividende est décidé chaque année par l'assemblée générale et peut être réduit ou supprimé, comme l'ont montré les suspensions de 2020. Les dividendes les plus sûrs sont ceux d'entreprises rentables, peu endettées et qui génèrent nettement plus de cash qu'elles n'en distribuent.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir en Bourse comporte un risque de perte en capital.
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