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    ·9 min de lecture

    Les actions du CAC 40 les plus fragiles : dette, intérêts et Z-Score d'Altman

    Dette nette, couverture des intérêts, Z-Score d'Altman : les valeurs du CAC 40 qui cumulent les signaux de fragilité financière, et les faux signaux.

    Écrit parFondateur d'Easira


    Les classements de « meilleures actions » regardent la rentabilité et la croissance. Ils oublient souvent l'autre moitié de l'analyse : la capacité d'une entreprise à traverser une période difficile. Une société très endettée, qui peine à payer ses intérêts, peut voir son action chuter bien plus fortement que ses concurrentes au premier ralentissement, ou devoir réduire son dividende.

    Nous avons passé les sociétés non financières du CAC 40 au crible de trois indicateurs de solidité financière. Sept d'entre elles cumulent au moins deux signaux de fragilité.

    Données Yahoo Finance (comptes de l'exercice 2025 et cours) relevées le 8 novembre 2026. Cet article explique une méthode d'analyse du risque, ce n'est pas une recommandation d'achat ou de vente. Un signal de fragilité n'annonce pas une faillite.


    La réponse courte

    • Sept sociétés du CAC 40 cumulent au moins deux signaux de fragilité : Renault, Stellantis, Veolia et Orange en cumulent trois ; Kering, Carrefour et Engie en cumulent deux.
    • Les cas sont très différents. Renault et Stellantis sortent d'un exercice en perte d'exploitation, et leur dette inclut celle de leur banque de financement automobile. Veolia, Orange et Engie portent une dette élevée mais adossée à des revenus réguliers. Kering cumule une dette en hausse et des intérêts à peine couverts.
    • Le Z-Score d'Altman, utilisé seul, se trompe souvent sur le CAC 40. Thales, Vinci, Bouygues ou Eiffage obtiennent un score de « détresse » alors qu'elles sont solides, parce que leurs clients les paient d'avance.

    Les trois indicateurs de fragilité

    IndicateurCe qu'il mesureSeuil d'alerte retenu
    Dette nette ÷ EBITDALe nombre d'années de résultat brut d'exploitation nécessaires pour rembourser la dette, trésorerie déduitePlus de 3 fois
    Couverture des intérêts (EBIT ÷ charges d'intérêts)Combien de fois le résultat d'exploitation couvre les intérêts de la detteMoins de 4 fois
    Z'' d'AltmanUn score de risque de défaillance combinant fonds de roulement, réserves, rentabilité et fonds propresMoins de 1,1 (zone de détresse)

    Les banques, les assurances et les foncières sont exclues : leur dette fait partie de leur métier et se juge avec des ratios réglementaires. Pour approfondir chaque indicateur : la dette nette, la solidité financière d'une entreprise et le calculateur Altman Z-Score.

    Sur le Z'' d'Altman. Nous utilisons la variante Z'' (Altman, 1995), conçue pour les entreprises non manufacturières : 6,56 × fonds de roulement / actif + 3,26 × réserves / actif + 6,72 × EBIT / actif + 1,05 × capitaux propres / passif. Au-dessus de 2,6, l'entreprise est en zone sûre ; entre 1,1 et 2,6, en zone grise ; en dessous de 1,1, en zone de détresse.


    Les sept sociétés qui cumulent au moins deux signaux

    SociétéDette nette ÷ EBITDACouverture des intérêtsZ'' d'AltmanSignauxCours sur 12 mois
    Renault8,2négative− 0,53− 15 %
    Stellantis11,0négative0,53− 54 %
    Veolia4,23,7− 0,13+ 15 %
    Orange3,72,60,83+ 8 %
    Kering3,81,7n. d.2− 36 %
    Carrefour4,63,0n. d.2+ 5 %
    Engie4,23,5n. d.2+ 13 %

    n. d. : non disponible (une donnée du bilan manque). Couverture « négative » : le résultat d'exploitation du dernier exercice est négatif. La dette nette inclut les dettes de location (norme IFRS 16).


    Cas par cas

    Renault et Stellantis : des pertes et une dette à lire avec précaution

    Les deux constructeurs automobiles affichent les trois signaux. Leur résultat d'exploitation du dernier exercice publié est négatif, ce qui rend la couverture des intérêts négative, et leur dette nette dépasse 8 fois l'EBITDA.

    Ces chiffres doivent cependant être lus avec une précaution importante : les constructeurs automobiles consolident leur banque de financement (RCI Bank chez Renault, Stellantis Financial Services chez Stellantis), dont la dette sert à financer les crédits accordés aux clients. Cette dette, adossée à des prêts qui seront remboursés, gonfle mécaniquement la dette nette du groupe. Les constructeurs publient d'ailleurs une dette nette « automobile », hors activités de financement, bien plus faible. Le signal le plus significatif est donc ici la perte d'exploitation, plus que le niveau de dette.

    Stellantis a perdu 54 % en un an, Renault 15 %.

    Veolia, Orange, Engie : une dette élevée, des revenus réguliers

    Ces trois groupes portent une dette importante, logique pour des métiers qui exigent de lourds investissements dans des réseaux (eau, déchets, télécoms, énergie). Leurs revenus sont réguliers, souvent sous contrat ou régulés, ce qui leur permet de supporter un endettement plus élevé qu'une entreprise industrielle classique.

    Le point de vigilance est la couverture des intérêts, comprise entre 2,6 et 3,7 fois : une hausse durable des taux d'intérêt, au moment de refinancer leur dette, pèserait directement sur leurs bénéfices. C'est aussi ce qui rend leur dividende sensible : chez Engie et Veolia, la part du bénéfice distribuée dépasse 80 %.

    Kering : le cas le plus préoccupant sur le papier

    Kering est la société dont les signaux sont les plus nets hors automobile : une dette nette de 3,8 fois l'EBITDA et un résultat d'exploitation qui ne couvre les intérêts que 1,7 fois. Le groupe de luxe a vu ses ventes et ses marges reculer ces dernières années, alors que sa dette augmentait, notamment pour financer des acquisitions et des achats immobiliers. Son cours a perdu 36 % en un an.

    Ce n'est pas un signal de faillite : Kering dispose de marques de grande valeur et d'actifs cessibles. Mais sa marge de manœuvre financière est nettement plus étroite que celle de LVMH ou d'Hermès (voir les meilleures actions du luxe).

    Carrefour : l'effet des loyers

    La dette nette de Carrefour (4,6 fois l'EBITDA) intègre ses engagements de location de magasins, qui pèsent lourd dans la distribution. Hors loyers, l'endettement est plus faible. La couverture des intérêts (3,0 fois) reflète surtout des marges structurellement minces, caractéristiques de la grande distribution.


    Les faux signaux : quand le Z-Score se trompe

    Plusieurs sociétés solides obtiennent un Z'' inférieur à 1,1, en zone de « détresse » :

    SociétéZ'' d'AltmanDette nette ÷ EBITDACouverture des intérêts
    Thales0,40,28,1
    Bouygues0,41,95,0
    Vinci0,52,06,3
    Eiffage0,62,86,4

    Leur point commun : un fonds de roulement négatif. Dans la défense, la construction ou les concessions, les clients versent des acomptes importants avant la livraison. L'entreprise dispose ainsi de cash « gratuit », mais son passif à court terme dépasse son actif à court terme, ce que le Z-Score interprète comme une faiblesse. Leur dette et la couverture de leurs intérêts montrent au contraire une situation saine.

    C'est la limite principale du Z-Score d'Altman, conçu à l'origine sur des entreprises industrielles américaines des années 1960 : il ne doit jamais être utilisé seul, mais croisé avec la dette et la capacité à payer les intérêts.


    Comment utiliser ces signaux

    1. Un signal isolé ne suffit pas. Une dette élevée peut être parfaitement soutenable si les revenus sont réguliers. C'est l'accumulation des signaux, et surtout leur dégradation dans le temps, qui doit alerter.
    2. Comprenez le modèle économique. Banque de financement automobile, loyers de la distribution, acomptes de la défense : chaque secteur a ses particularités comptables.
    3. Surveillez la tendance. Une couverture des intérêts qui passe de 10 à 4 fois en deux ans est plus inquiétante qu'une couverture stable à 3 fois.
    4. Vérifiez le dividende. Une entreprise fragile qui distribue plus de 80 % de ses bénéfices pourrait devoir réduire son dividende. Voir les meilleures actions françaises à dividende.

    FAQ

    Quelle est l'action la plus risquée du CAC 40 ?

    Sur nos indicateurs de solidité financière, Renault, Stellantis, Veolia et Orange cumulent les trois signaux de fragilité en novembre 2026. Leurs situations sont toutefois très différentes : pertes d'exploitation pour les constructeurs automobiles, dette élevée mais revenus réguliers pour Veolia et Orange. Le risque boursier dépend aussi du prix payé et des perspectives.

    Qu'est-ce qu'un bon ratio dette nette / EBITDA ?

    En dessous de 2 fois, l'endettement est généralement jugé confortable. Entre 2 et 3 fois, il est acceptable pour la plupart des entreprises. Au-delà de 3 fois, il devient élevé, sauf pour les secteurs aux revenus très réguliers (infrastructures, services aux collectivités, télécoms), qui supportent davantage de dette. Voir le guide de la dette nette.

    Le Z-Score d'Altman est-il fiable ?

    Il est utile pour repérer les entreprises industrielles en difficulté, mais il se trompe souvent sur les entreprises dont le fonds de roulement est structurellement négatif : défense, construction, concessions, distribution. Il doit toujours être croisé avec l'endettement et la couverture des intérêts.

    Pourquoi les banques ne figurent-elles pas dans cette analyse ?

    Parce que la dette est la matière première d'une banque : elle emprunte pour prêter. Les ratios d'endettement classiques n'ont pas de sens pour elle. La solidité d'une banque se mesure avec des ratios réglementaires, comme le ratio de fonds propres CET1.

    Une entreprise fragile est-elle forcément une mauvaise action ?

    Non. Une entreprise fragile peut se redresser, et son action peut alors fortement progresser. Mais le risque de perte est plus élevé, et la marge de sécurité exigée doit l'être aussi. Voir action à −50 % : bonne affaire ou piège ?.


    Sources

    • Composition du CAC 40 : ABC Bourse, relevée le 8 novembre 2026.
    • Indicateurs financiers : Yahoo Finance, comptes annuels publiés (exercice 2025) et cours, relevés le 8 novembre 2026 ; calculs Easira.
    • Edward I. Altman, « Financial Ratios, Discriminant Analysis and the Prediction of Corporate Bankruptcy », The Journal of Finance, 1968.
    • Edward I. Altman, Edith Hotchkiss, Corporate Financial Distress and Bankruptcy, Wiley (variante Z'' pour les entreprises non manufacturières).

    Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir en Bourse comporte un risque de perte en capital.

    Calculez vous-même.

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