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    ·10 min de lecture

    Actions de qualité à prix raisonnable : les 12 valeurs du S&P 500 qui cochent les deux cases

    12 actions du S&P 500 à la fois très rentables et vendues moins de 20 fois leurs bénéfices, et pourquoi elles sont bon marché : doute, cycle, logement.

    Écrit parFondateur d'Easira


    Acheter une excellente entreprise à un prix raisonnable : c'est la promesse de l'investissement dit « GARP » (growth at a reasonable price), popularisé par Peter Lynch. En pratique, les deux conditions se rencontrent rarement. Les entreprises de grande qualité sont généralement chères, et les actions bon marché le sont souvent pour une bonne raison.

    Nous avons cherché dans le S&P 500 les sociétés qui réunissent les deux. Sur 500, seules 12 passent à la fois notre filtre qualité et notre filtre prix. Et presque toutes ont une raison d'être bon marché, qu'il faut connaître avant de conclure à une bonne affaire.

    Données Finnhub arrêtées au 25 octobre 2026. Cet article explique une méthode de sélection, ce n'est pas une recommandation d'achat ou de vente.


    La réponse courte

    • 69 sociétés du S&P 500 passent le filtre qualité Easira : rentabilité du capital d'au moins 15 % sur 5 ans, bilan sain, croissance, cash-flow libre positif.
    • 12 d'entre elles seulement se paient moins de 20 fois leurs bénéfices et leur cash-flow libre.
    • Elles se répartissent en trois familles : des entreprises dont le marché doute de la croissance future (Deckers, Lululemon, Adobe, AppLovin, Accenture), des valeurs cycliques peut-être au sommet de leur cycle (Micron, EOG, APA, CF Industries), et des entreprises liées au logement (NVR, Lennox, A. O. Smith).

    Les deux filtres

    Filtre qualité (le même que le classement des meilleures actions du S&P 500) :

    • rentabilité du capital investi d'au moins 15 %, en moyenne sur 5 ans et sur les douze derniers mois ;
    • dette inférieure à 1,5 fois les capitaux propres ;
    • chiffre d'affaires en hausse sur 5 ans ;
    • cash-flow libre positif ;
    • banques, assurances et foncières exclues.

    Filtre prix :

    • PER (cours ÷ bénéfice par action) de 20 au plus ;
    • P/FCF (capitalisation ÷ cash-flow libre) de 20 au plus.

    Le seuil de 20 n'a rien de magique. Il correspond à un rendement des bénéfices et du cash d'au moins 5 % par an, alors que la société médiane du S&P 500 se paie 23,6 fois ses bénéfices.


    Les 12 valeurs

    RangSociétéSecteurROIC 5 ansMarge opé.Croissance 5 ansPERP/FCF12 moisNote
    1Deckers Outdoor (DECK)Chaussures (Hoka, UGG)34,8 %22,7 %16,5 %10,99,8− 21 %77
    2Lululemon Athletica (LULU)Habillement de sport34,6 %17,8 %20,3 %8,18,5− 45 %75
    3Micron Technology (MU)Mémoires informatiques15,6 %74,6 %36,9 %11,716,8+ 325 %72
    4Adobe (ADBE)Logiciels29,4 %35,7 %13,1 %14,19,7− 26 %69
    5EOG Resources (EOG)Pétrole et gaz19,8 %33,0 %15,4 %12,412,9+ 51 %66
    6APA Corp (APA)Pétrole et gaz17,9 %40,2 %15,0 %10,83,8+ 111 %63
    7AppLovin (APP)Logiciels publicitaires19,2 %77,4 %30,5 %19,819,2− 56 %62
    8CF Industries (CF)Engrais21,3 %41,0 %11,4 %8,79,6+ 39 %61
    9NVR (NVR)Construction de maisons31,4 %15,7 %6,7 %14,013,0− 22 %53
    10Accenture (ACN)Conseil et services informatiques24,7 %15,4 %8,0 %17,612,7+ 4 %48
    11Lennox International (LII)Chauffage et climatisation35,2 %19,8 %7,4 %16,416,7− 24 %45
    12A. O. Smith (AOS)Chauffe-eau23,3 %17,0 %5,8 %16,811,4− 11 %45

    Note sur 100 : rang relatif parmi les 69 sociétés qui passent le filtre qualité, sur 5 critères (rentabilité du capital, marge, croissance, dette, P/FCF). « 12 mois » : évolution du cours hors dividendes.


    Famille 1 : le marché doute de la croissance future

    Deckers, Lululemon, Adobe, AppLovin, Accenture. Ce sont des entreprises très rentables dont le cours a baissé, parfois fortement, parce que le marché anticipe un ralentissement :

    • Lululemon (− 45 % sur un an) et Deckers (− 21 %) ont connu des années de croissance exceptionnelle. Le marché parie désormais sur un essoufflement de leurs marques et une concurrence accrue.
    • Adobe (− 26 %) est pénalisée par la crainte que l'IA générative ne réduise la valeur de ses logiciels de création.
    • AppLovin (− 56 %) affiche une marge de 77 % et une croissance de 30 % par an, mais son cours a plus que divisé par deux. Sa dette est aussi la plus élevée de la liste (1,1 fois les capitaux propres).
    • Accenture se paie 17,6 fois ses bénéfices, un niveau bas pour la société, sur fond d'interrogations sur l'effet de l'IA sur les services de conseil.

    La question à se poser : la baisse reflète-t-elle un ralentissement passager ou une perte durable de l'avantage concurrentiel ? Si l'entreprise conserve une rentabilité du capital élevée malgré le ralentissement, le prix actuel peut être une opportunité. Si l'avantage s'érode, le PER bas peut encore baisser. La méthode est détaillée dans action à −50 % : bonne affaire ou piège ?.


    Famille 2 : des cycliques, peut-être au sommet du cycle

    Micron, EOG Resources, APA, CF Industries. Ces quatre sociétés ont une particularité : leur cours a fortement monté (de + 39 % à + 325 % en un an) et pourtant elles restent « bon marché ». C'est le signe classique d'une activité cyclique :

    • Micron vend des mémoires informatiques, dont les prix s'envolent quand la demande dépasse l'offre, puis rechutent.
    • EOG et APA produisent du pétrole et du gaz : leurs bénéfices suivent le prix des hydrocarbures.
    • CF Industries fabrique des engrais azotés, dont les marges dépendent du prix du gaz et des céréales.

    Dans ces secteurs, un PER bas au sommet du cycle est un piège fréquent : les bénéfices sont à leur maximum, et le marché anticipe leur baisse en ne les payant que 9 à 12 fois. La bonne mesure n'est pas le bénéfice de l'année, mais le bénéfice moyen sur un cycle complet. La rentabilité du capital de Micron l'illustre : 84 % sur les douze derniers mois, mais 15,6 % en moyenne sur 5 ans.


    Famille 3 : les entreprises liées au logement

    NVR, Lennox, A. O. Smith. Un constructeur de maisons et deux fabricants d'équipements (climatisation, chauffe-eau) très rentables : 23 à 35 % de rentabilité du capital sur 5 ans. Leur cours a reculé de 11 à 24 % sur un an et leur croissance s'est tassée (6 à 7 % par an sur 5 ans). Leur activité dépend de la construction et de la rénovation de logements aux États-Unis, elles-mêmes sensibles aux taux d'intérêt des crédits immobiliers.

    Ce sont les valeurs les moins « spectaculaires » de la liste, mais aussi celles dont la qualité est la plus régulière : NVR est connue pour ne presque pas s'endetter et racheter massivement ses propres actions.


    Qualité à prix raisonnable : les trois erreurs à éviter

    1. Confondre prix bas et bonne affaire. Une action est bon marché par rapport à sa valeur, pas par rapport à son ancien cours. Un PER de 8 n'a de sens que si les bénéfices tiennent. Voir comment savoir si une action est sous-évaluée ou surévaluée.
    2. Oublier le cycle. Pour les cycliques, regardez les résultats moyens sur un cycle complet, pas ceux de la meilleure année.
    3. Ne pas chiffrer la valeur. Les filtres trient, ils ne valorisent pas. Une fois la liste établie, estimez la valeur de chaque entreprise, par exemple avec un DCF ou un DCF inversé, qui indique quelle croissance le cours actuel suppose.

    Une précision pour les épargnants français : ces actions américaines ne sont pas éligibles au PEA. Elles s'achètent sur un compte-titres ordinaire.


    FAQ

    Qu'est-ce que l'investissement GARP ?

    GARP signifie growth at a reasonable price, la croissance à un prix raisonnable. Cette approche, popularisée par le gérant américain Peter Lynch, cherche des entreprises en croissance et rentables, sans payer leurs bénéfices trop cher. Elle se situe entre l'investissement « value » (acheter bon marché) et l'investissement « croissance » (acheter la croissance, même chère).

    Comment trouver des actions de qualité pas chères ?

    En combinant deux filtres : un filtre qualité (rentabilité du capital élevée et durable, bilan sain, croissance, cash-flow libre positif) et un filtre prix (PER et P/FCF modérés). Il faut ensuite comprendre pourquoi chaque action est bon marché : doute sur la croissance, sommet de cycle ou difficulté passagère.

    Un PER bas signifie-t-il qu'une action est sous-évaluée ?

    Non. Un PER bas peut signifier que le marché anticipe une baisse des bénéfices, notamment pour les entreprises cycliques au sommet de leur cycle. Une action n'est sous-évaluée que si son prix est inférieur à une estimation raisonnable de sa valeur, fondée sur ses flux de trésorerie futurs. Voir le guide du PER.

    Pourquoi si peu d'actions de qualité sont-elles bon marché ?

    Parce que le marché paie la qualité. Les entreprises très rentables et en croissance attirent les investisseurs, ce qui fait monter leur prix. Quand l'une d'elles devient bon marché, c'est généralement qu'un doute existe sur sa capacité à maintenir sa rentabilité. Ce doute peut être fondé ou exagéré, et c'est là que se trouvent les opportunités.


    Sources

    • Composition du S&P 500 : positions quotidiennes de l'ETF SPY (State Street) au 22 octobre 2026.
    • Indicateurs financiers : Finnhub, données sur 12 mois glissants et sur 5 ans, relevées le 25 octobre 2026.
    • Calculs Easira : filtres et note sur 100 selon la méthode des classements Easira.
    • Peter Lynch, One Up on Wall Street, 1989.

    Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir en Bourse comporte un risque de perte en capital.

    Calculez vous-même.

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