Puces, cloud, logiciels, data centers : 33 actions IA du S&P 500 classées sur la rentabilité, la croissance et le prix. Qui gagne vraiment de l'argent ?
Écrit parMartin LibertFondateur d'Easira
L'intelligence artificielle est devenue l'argument de vente de la moitié de la cote. Fabricants de puces, géants du cloud, éditeurs de logiciels, fournisseurs d'électricité : tous se présentent comme des « valeurs IA ». Pour un investisseur, la vraie question n'est pas de savoir qui parle d'IA, mais qui en tire déjà des profits, et à quel prix le marché les vend.
Nous avons passé au crible 37 sociétés américaines du S&P 500 exposées à l'IA, réparties sur les cinq maillons de la chaîne, avec la même méthode que les classements Easira.
Données Finnhub arrêtées au 25 octobre 2026. Cet article explique une méthode d'analyse, ce n'est pas une recommandation d'achat ou de vente.
Une « action IA » peut désigner des métiers très différents. Nous avons retenu cinq maillons, et pour chacun les principales sociétés du S&P 500 :
| Maillon | Ce qu'il fait | Sociétés retenues |
|---|---|---|
| Puces | Processeurs de calcul et mémoires qui font tourner les modèles | Nvidia, Broadcom, AMD, Marvell, Micron, Qualcomm |
| Équipements | Machines qui fabriquent les puces | Applied Materials, Lam Research, KLA, Teradyne |
| Infrastructure | Réseau, serveurs, connectique, refroidissement et électricité des data centers | Arista, Amphenol, Vertiv, Eaton, GE Vernova, Dell, Super Micro, Ciena, Coherent, Corning, Constellation, Vistra |
| Cloud | Louent la puissance de calcul et développent leurs propres modèles | Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta, Oracle |
| Logiciels | Intègrent l'IA à leurs produits | Palantir, ServiceNow, Salesforce, Adobe, Synopsys, Cadence, CrowdStrike, Palo Alto Networks |
Ce que chaque maillon rapporte, et ce qu'il coûte :
| Maillon | Marge opérationnelle médiane | PER médian | P/FCF médian | Cours sur 12 mois (médiane) |
|---|---|---|---|---|
| Puces | 41,8 % | 33,2 | 39,5 | + 67,9 % |
| Équipements | 33,6 % | 36,7 | 51,8 | + 60,5 % |
| Infrastructure | 15,4 % | 36,3 | 37,5 | + 11,2 % |
| Cloud | 32,9 % | 20,2 | 58,2 | + 0,8 % |
| Logiciels | 18,8 % | 87,5 | 44,1 | − 4,1 % |
P/FCF : capitalisation boursière ÷ cash-flow libre (le cash qui reste après les investissements). Plus il est élevé, plus l'action est chère par rapport au cash qu'elle génère.
Trois enseignements :
La note sur 100 classe les sociétés entre elles sur 5 critères à poids égal : rentabilité du capital investi sur 5 ans (ROIC), marge opérationnelle, croissance du chiffre d'affaires sur 5 ans, endettement et prix payé pour le cash-flow libre. GE Vernova et Palantir sont exclus faute d'historique de 5 ans.
| Rang | Société | Maillon | ROIC 5 ans | Marge opé. | Croissance 5 ans | P/FCF | PER | 12 mois | Note |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Micron Technology (MU) | Puces | 15,6 % | 74,6 % | 36,9 % | 16,8 | 11,7 | + 325 % | 88 |
| 2 | Nvidia (NVDA) | Puces | 50,2 % | 65,2 % | 66,9 % | 40,0 | 26,4 | + 16 % | 87 |
| 3 | Arista Networks (ANET) | Infrastructure | 26,9 % | 43,1 % | 31,2 % | 42,2 | 53,8 | + 13 % | 82 |
| 4 | Adobe (ADBE) | Logiciels | 29,4 % | 35,7 % | 13,1 % | 9,7 | 14,1 | − 26 % | 69 |
| 5 | Qualcomm (QCOM) | Puces | 26,7 % | 23,0 % | 15,3 % | 18,0 | 20,3 | + 3 % | 64 |
| 6 | Meta Platforms (META) | Cloud | 24,5 % | 32,9 % | 18,5 % | 39,9 | 21,8 | − 12 % | 64 |
| 7 | Microsoft (MSFT) | Cloud | 26,3 % | 46,7 % | 14,6 % | 58,2 | 29,1 | + 1 % | 63 |
| 8 | Broadcom (AVGO) | Puces | 14,3 % | 48,1 % | 21,7 % | 39,0 | 40,1 | − 7 % | 63 |
| 9 | Lam Research (LRCX) | Équipements | 37,1 % | 37,0 % | 9,7 % | 44,1 | 34,1 | + 56 % | 62 |
| 10 | Alphabet (GOOGL) | Cloud | 26,7 % | 33,1 % | 17,2 % | 60,8 | 16,0 | + 27 % | 61 |
| 11 | KLA (KLAC) | Équipements | 37,0 % | 41,8 % | 14,4 % | 50,4 | 39,3 | + 26 % | 56 |
| 12 | Synopsys (SNPS) | Logiciels | 16,0 % | 18,9 % | 13,9 % | 30,0 | 76,6 | − 6 % | 56 |
| 13 | Super Micro Computer (SMCI) | Infrastructure | 15,3 % | 7,1 % | 61,5 % | 30,1 | 9,7 | − 31 % | 56 |
| 14 | Applied Materials (AMAT) | Équipements | 31,2 % | 29,6 % | 10,5 % | 53,2 | 32,3 | + 65 % | 55 |
| 15 | Cadence Design Systems (CDNS) | Logiciels | 20,3 % | 30,3 % | 14,6 % | 52,1 | 63,3 | − 6 % | 52 |
Les 18 suivants, de 51 à 17 sur 100 : Amphenol, AMD, Teradyne, Vertiv, ServiceNow, Marvell, Palo Alto Networks, Salesforce, Eaton, Oracle, CrowdStrike, Vistra, Amazon, Coherent, Constellation Energy, Corning, Dell et Ciena.
Micron arrive en tête grâce à une marge opérationnelle de 74,6 % sur douze mois et un prix modeste (11,7 fois ses bénéfices). Mais l'action a été multipliée par plus de quatre en un an (+ 325 %). Les mémoires informatiques sont un marché très cyclique : quand la demande dépasse l'offre, les prix et les marges s'envolent ; quand les usines rattrapent la demande, ils rechutent. Sa rentabilité du capital moyenne sur 5 ans (15,6 %), bien inférieure à celle des douze derniers mois (84 %), montre l'ampleur de ces cycles. Un PER bas au sommet d'un cycle est souvent un piège, et non une bonne affaire (voir les meilleurs secteurs pour 2027, qui fait le même constat pour l'énergie).
Nvidia réunit des chiffres rarement vus pour une entreprise de cette taille : 50 % de rentabilité du capital en moyenne sur 5 ans, 65 % de marge opérationnelle, un chiffre d'affaires en hausse de 67 % par an. Son PER (26,4) est plus bas que celui de nombreuses valeurs IA de moindre qualité. La contrepartie est ailleurs : Nvidia pèse à elle seule 7,8 % du S&P 500, et sa croissance dépend des investissements d'un petit nombre de très gros clients, les géants du cloud.
Arista fournit les équipements réseau qui relient les serveurs des data centers. Rentabilité du capital de 27 % sur 5 ans, marge de 43 %, croissance de 31 % par an, aucune dette : c'est la société d'infrastructure la mieux notée, de loin. Elle se paie en revanche 54 fois ses bénéfices.
Adobe est la seule valeur logicielle du haut du classement, et l'une des moins chères de tout l'échantillon (9,7 fois son cash-flow libre). L'action a perdu 26 % en un an, sur fond de crainte que l'IA générative ne concurrence ses propres logiciels de création. C'est l'exemple type d'une entreprise très rentable dont le prix reflète une inquiétude sur l'avenir, à vérifier avant tout achat (voir action à −50 % : bonne affaire ou piège ?).
Microsoft, Alphabet et Meta affichent des rentabilités du capital de 24 à 27 % et des marges de 33 à 47 %. Sur leurs bénéfices, ils ne sont pas chers : Alphabet se paie 16 fois ses bénéfices. Mais leur cash-flow libre est comprimé par les investissements massifs dans les data centers : 58 à 61 fois le cash-flow libre pour Microsoft et Alphabet. Toute la question pour 2027 est de savoir si ces investissements généreront les revenus attendus.
Une précision pour les épargnants français : ces actions américaines ne sont pas éligibles au PEA. Elles s'achètent sur un compte-titres ordinaire. Certaines valeurs européennes de la chaîne de l'IA, comme ASML ou Schneider Electric, sont en revanche éligibles au PEA.
Le classement complet du secteur : meilleures actions tech.
Aucune action n'est garantie de surperformer. Sur nos critères (rentabilité, marges, croissance, dette et prix), Micron, Nvidia et Arista Networks obtiennent les meilleures notes à fin octobre 2026. Micron est toutefois une valeur très cyclique dont le cours a été multiplié par plus de quatre en un an.
Nvidia se paie environ 26 fois ses bénéfices et 40 fois son cash-flow libre. C'est cher par rapport au marché, mais moins que de nombreuses valeurs IA de moindre qualité, compte tenu d'une rentabilité du capital de 50 % et d'une croissance de 67 % par an sur 5 ans. Le risque tient surtout à la dépendance à un petit nombre de très gros clients.
Les actions américaines comme Nvidia, Microsoft ou Alphabet ne sont pas éligibles au PEA. Des valeurs européennes exposées à l'IA le sont, par exemple ASML (machines de fabrication de puces), Schneider Electric (électricité et refroidissement des data centers) ou SAP (logiciels). Certains fonds indiciels éligibles au PEA répliquent par ailleurs le S&P 500 ou le Nasdaq.
Aujourd'hui, les puces concentrent les profits de l'IA (marge opérationnelle médiane de 42 %), tandis que les logiciels se paient très cher (PER médian de 87). Les puces sont en revanche plus cycliques. Les deux paris sont différents : les puces dépendent des investissements des géants du cloud, les logiciels de leur capacité à faire payer l'IA à leurs clients.
Les données ne permettent pas de trancher. Elles montrent deux réalités : d'un côté, des entreprises comme Nvidia, Arista ou Microsoft dégagent des profits réels et élevés ; de l'autre, certaines valeurs se paient plus de 100 fois leurs bénéfices, ou ont doublé de valeur avec une rentabilité faible. Le risque dépend donc beaucoup des actions choisies.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir en Bourse comporte un risque de perte en capital.
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