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    ·6 min de lecture

    Actions sous-évaluées : comment les identifier avec le spread ROIC-WACC

    Comment identifier des actions sous-évaluées grâce au spread ROIC-WACC, au FCF Yield et à l'Altman Z-Score. Méthode en 4 étapes avec exemples sectoriels.

    Écrit parFondateur d'Easira


    Actions sous-évaluées : comment les identifier avec le spread ROIC-WACC

    Trouver des actions sous-évaluées est l'objectif de tout investisseur fondamental. Mais "sous-évalué" ne veut rien dire sans une définition précise : sous-évalué par rapport à quoi ? À son cours historique ? À ses pairs ? À sa valeur intrinsèque ?

    La réponse que donnent les investisseurs institutionnels — fonds souverains, family offices, gérants value — est systématiquement la même : une action est sous-évaluée quand son cours de bourse ne reflète pas la valeur économique réelle que l'entreprise crée. Et cette valeur économique réelle se mesure avec le spread ROIC-WACC.


    Pourquoi le spread ROIC-WACC identifie les sous-évaluations structurelles

    Le spread ROIC-WACC mesure l'excédent de rentabilité qu'une entreprise génère au-delà du prix payé pour son capital. En clair : est-ce que l'entreprise crée de la richesse pour ses actionnaires, ou en consomme-t-elle ?

    Spread = ROIC – WACC

    Une entreprise avec un spread de +8 % génère 8 centimes de valeur économique pour chaque euro de capital investi. Sur 10 ans, avec réinvestissement, cet effet cumulatif est massif.

    Le marché, dans sa grande efficience, devrait priser les entreprises à fort spread à une prime par rapport aux entreprises à spread négatif. Et c'est généralement le cas. Mais pas toujours. C'est là que les opportunités apparaissent :

    1. L'entreprise à fort spread temporairement déprimée — une crise sectorielle, un profit warning ponctuel, une mauvaise communication du management ont fait chuter le cours sans altérer les fondamentaux. Le spread reste élevé mais le cours est bas.

    2. L'entreprise à spread en amélioration rapide — le ROIC est encore modeste mais progresse fortement. Le marché n'a pas encore intégré la trajectoire.

    3. L'entreprise de niche ignorée — trop petite ou trop spécialisée pour être couverte par les analystes sell-side. Son spread n'est pas dans les écrans des grandes maisons.


    Les 3 critères d'une action sous-évaluée selon cette méthode

    Critère 1 : ROIC > WACC, stable ou en hausse

    C'est le filtre primaire. Une entreprise qui crée de la valeur économique de façon cohérente mérite une prime de valorisation. Si elle cote à un multiple raisonnable ou en dessous, c'est le premier signal.

    Seuils indicatifs :

    • ROIC > 15 % dans un secteur où le WACC moyen est 8-10 % → fort spread
    • ROIC en hausse sur 3 ans consécutifs → momentum fondamental

    Critère 2 : FCF Yield > 5-6 %

    Le FCF Yield (Free Cash Flow / Capitalisation boursière) mesure combien de cash libre l'entreprise génère pour chaque euro de capitalisation. Un FCF Yield élevé signifie que le marché paie peu pour beaucoup de cash.

    C'est le complément indispensable au spread ROIC-WACC : une entreprise peut avoir un ROIC élevé sur la base comptable mais un FCF faible si elle capitalise des dépenses ou gère mal son besoin en fonds de roulement.

    Critère 3 : Altman Z-Score > 2,99 (zone sûre)

    Une action sous-évaluée avec un risque de faillite élevé n'est pas une opportunité — c'est un piège à valeur. Vérifiez que l'entreprise n'est pas en zone de détresse selon l'Altman Z-Score avant de considérer l'achat.


    Exemple concret : comment appliquer cette méthode

    Société fictive mais représentative : Industrie Mécanique SA

    MétriqueValeurInterprétation
    ROIC18 %Fort — crée de la valeur
    WACC9 %Coût du capital raisonnable
    Spread+9 %Création de valeur significative
    FCF Yield7,2 %Le marché paie peu pour beaucoup de cash
    Altman Z-Score3,4Zone sûre
    P/E11xEn dessous de la médiane sectorielle (14x)

    Résultat : 3 critères sur 3 validés. C'est le profil d'une action potentiellement sous-évaluée selon cette méthode. La prochaine étape est d'analyser pourquoi le marché décote : problème temporaire ou structurel ?


    Ce que cette méthode ne remplace pas

    Elle ne remplace pas l'analyse qualitative

    Un spread ROIC-WACC élevé peut masquer un avantage concurrentiel en érosion. Vérifiez : les barrières à l'entrée tiennent-elles ? Le pricing power est-il maintenu ? Les investissements de maintenance sont-ils cohérents avec la croissance du bénéfice ?

    Elle ne remplace pas le timing

    Une action fondamentalement sous-évaluée peut rester sous-évaluée longtemps. Keynes disait que le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable. La méthode ROIC-WACC identifie la valeur ; le catalyseur de re-rating est une question séparée.

    Elle ne s'applique pas à toutes les entreprises

    Les secteurs réglementés (utilities, banques) ont des ROIC naturellement encadrés. Les biotechs pré-revenus ont des ROIC négatifs par construction. Pour ces cas, d'autres métriques sont plus pertinentes (ROE pour les banques, pipeline de produits pour les biotechs).


    5 secteurs où le spread ROIC-WACC révèle le plus d'opportunités

    Technologie : les modèles SaaS matures peuvent avoir des ROIC > 30 %. Si le marché surréagit à un trimestre décevant, le spread reste élevé pendant que le cours baisse.

    Consommation de base : des marques avec pricing power (cosmétiques, alimentation premium, hygiène) maintiennent des ROIC stables de 15-25 % à travers les cycles. Moins sexy que la tech, souvent mieux valorisées à l'achat.

    Santé / Dispositifs médicaux : des niche players avec des positions monopolistiques sur des sous-marchés spécialisés (instruments chirurgicaux, diagnostics de niche) ont des ROIC extraordinaires souvent méconnus.

    Industrie de spécialité : des équipementiers exposés à des marchés de niche (aérospatiale, défense, chimie de spécialité) combinent des barrières à l'entrée fortes et des ROIC élevés, mais sont peu couverts par les analystes.

    Distribution de qualité : certains distributeurs à haute rotation d'actifs et fort pouvoir de négociation fournisseur génèrent des ROIC élevés malgré des marges nettes faibles.


    Conclusion : la méthode en 4 étapes

    1. Filtrer sur ROIC > WACC + 5 % (spread minimum) et en stabilité ou hausse sur 3 ans
    2. Valider avec FCF Yield > 5 % et Altman Z-Score > 2,99
    3. Analyser pourquoi le marché décote : temporaire ou structurel ?
    4. Calculer la marge de sécurité avec la juste valeur Benjamin Graham

    Cette approche ne garantit pas de performance future. Elle maximise la probabilité d'acheter de la qualité à un prix raisonnable — ce que Peter Lynch appelait "trouver des entreprises ordinaires extraordinaires au bon prix".

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