Le ROIC (Return On Invested Capital, ou rentabilité du capital investi) mesure combien de profit une entreprise génère pour chaque euro de capital — dette et capitaux propres confondus — qu'elle a mobilisé pour financer son activité. C'est l'une des métriques les plus utilisées par les investisseurs orientés qualité, parce qu'elle répond à une question simple et fondamentale : cette entreprise est-elle efficace pour transformer du capital en profit ?
La formule
ROIC = NOPAT / Capital investi
- NOPAT (Net Operating Profit After Tax) : le résultat d'exploitation après impôt, avant prise en compte des frais financiers. On part du résultat opérationnel (EBIT), auquel on retire un taux d'imposition théorique.
- Capital investi : la somme des capitaux propres et de la dette financière nette, ou de façon équivalente, le total des actifs opérationnels moins les dettes d'exploitation (fournisseurs notamment) qui ne portent pas de coût de financement.
Calcul pas à pas (exemple illustratif)
Une entreprise fictive affiche un EBIT de 200 M€, un taux d'imposition effectif de 25 %, et un capital investi (dette nette + capitaux propres) de 1 Md€.
- NOPAT = 200 M€ × (1 − 0,25) = 150 M€
- ROIC = 150 M€ / 1 000 M€ = 15 %
Ce chiffre seul ne dit rien : il faut le comparer à deux références. D'abord au coût du capital de l'entreprise (le WACC) — voir le guide ROIC vs WACC, qui explique pourquoi c'est la comparaison la plus importante à faire. Ensuite à la moyenne du secteur, parce qu'un ROIC de 15 % est excellent dans la distribution alimentaire et plutôt faible dans l'édition de logiciels.
Qu'est-ce qu'un "bon" ROIC ?
Il n'existe pas de seuil universel, mais quelques repères généraux, à ajuster secteur par secteur :
- ROIC > 15-20 % : généralement le signe d'un avantage concurrentiel réel — marque forte, position dominante, effet de réseau. Fréquent dans les logiciels, le luxe, certains biens de consommation de marque.
- ROIC entre 8 et 15 % : rentabilité correcte, dans la moyenne de nombreux secteurs industriels matures.
- ROIC < 8 %, en particulier en dessous du WACC : signal d'alerte — l'entreprise peut détruire de la valeur à chaque euro réinvesti, même si elle reste bénéficiaire au sens comptable. Fréquent dans les secteurs capitalistiques (énergie, matériaux, transport) en bas de cycle.
Ces fourchettes sont indicatives et ne remplacent pas une comparaison directe avec les pairs sectoriels de l'entreprise étudiée.
ROIC vs ROE : ne pas confondre
Le ROE (Return On Equity, rentabilité des capitaux propres) ne rapporte le profit qu'aux capitaux propres, sans tenir compte de la dette. Une entreprise peut afficher un ROE élevé simplement parce qu'elle est très endettée — l'effet de levier gonfle mécaniquement le ratio, sans que l'entreprise soit devenue plus efficace économiquement. Le ROIC, en intégrant la dette au dénominateur, neutralise cet effet : il mesure la rentabilité de l'activité elle-même, indépendamment de la façon dont elle est financée. C'est pour cette raison que les investisseurs orientés qualité lui préfèrent souvent le ROIC.
Interpréter un ROIC négatif
Un ROIC négatif signifie que le NOPAT est négatif — l'entreprise perd de l'argent au niveau opérationnel, avant même de payer ses créanciers. Ce n'est pas nécessairement rédhibitoire pour une entreprise en forte croissance qui investit massivement (certaines biotechs ou entreprises technologiques en phase d'expansion), mais c'est un signal qui impose d'examiner la trajectoire attendue : le ROIC doit-il structurellement s'améliorer, et sur quel horizon ?
Les pièges du calcul
- Le goodwill. Une entreprise qui a beaucoup grandi par acquisitions porte souvent un goodwill élevé au bilan, ce qui gonfle le capital investi et mécaniquement fait baisser le ROIC affiché — sans que l'activité sous-jacente soit moins rentable.
- Les rachats d'actions. Ils réduisent les capitaux propres sans changer l'activité, ce qui peut faire monter artificiellement le ROIC si mal interprété — toujours vérifier l'évolution du NOPAT en parallèle.
- La cyclicité. Sur un secteur cyclique, un seul exercice ne suffit pas : regarder la moyenne sur 5 à 10 ans donne une image plus fiable qu'un instantané.
Questions fréquentes
Le ROIC est-il plus fiable que le PER pour juger une action ? Ce sont deux informations différentes et complémentaires : le ROIC mesure la qualité économique de l'entreprise, le PER (ou la juste valeur) mesure si son prix actuel est raisonnable compte tenu de cette qualité.
Comment trouver les entreprises avec le meilleur ROIC ? Le classement ROIC-WACC des entreprises cotées classe les entreprises suivies par Easira selon ce critère.
Sources
Calculs et sources vérifiés le
Références
- T. Koller, M. Goedhart, D. Wessels (McKinsey & Company), Valuation — Wiley, 7e édition, 2020
- A. Damodaran, « Return on Capital (ROC), Return on Invested Capital (ROIC) and Return on Equity (ROE): Measurement and Implications » — NYU Stern, 2007
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