Valorisation

    La méthode de Benjamin Graham : formule, nombre de Graham et marge de sécurité

    La méthode de Benjamin Graham expliquée : formule V = BPA × (8,5 + 2g), ajustement au taux obligataire, nombre de Graham, marge de sécurité, exemple chiffré sur Microsoft et limites.

    Écrit parFondateur d'Easira

    Benjamin Graham (1894-1976) a posé les bases de l'investissement dans la valeur avec Security Analysis (1934, avec David Dodd) puis The Intelligent Investor (1949). Sa méthode tient en une idée : estimer prudemment ce que vaut une entreprise, et ne l'acheter que nettement en dessous. Cette page présente ses deux formules les plus utilisées, un exemple chiffré sur une société réelle et les limites à connaître.

    La formule de Graham

    Dans The Intelligent Investor, Graham propose une estimation simple de la valeur d'une action de croissance :

    V = BPA × (8,5 + 2g)

    • BPA : bénéfice par action courant, de préférence normalisé (moyenne de plusieurs exercices) pour neutraliser une année exceptionnelle ;
    • 8,5 : le P/E que Graham jugeait raisonnable pour une entreprise sans croissance ;
    • g : la croissance annuelle attendue des bénéfices sur 7 à 10 ans, en pourcentage.

    La version ajustée au niveau des taux

    La formule d'origine ne tient pas compte des taux d'intérêt. La variante la plus utilisée la corrige :

    V = BPA × (8,5 + 2g) × 4,4 / Y

    où 4,4 % correspond au rendement des obligations d'entreprises notées AAA à l'époque de Graham, et Y au rendement actuel de ces mêmes obligations. Quand les taux montent, la valeur obtenue baisse : c'est la même logique que l'actualisation dans un DCF.

    Exemple chiffré

    Prenons Microsoft avec les données Easira du 6 octobre 2026 : cours de 530,81 $ et P/E de 29,6, soit un bénéfice par action d'environ 17,93 $ (cours ÷ P/E). Deux hypothèses restent à choisir, et c'est là que se joue le résultat :

    • g = 10 % de croissance annuelle des bénéfices sur 7 à 10 ans, une hypothèse volontairement inférieure à la croissance récente du chiffre d'affaires ;
    • Y = 5 % de rendement des obligations d'entreprises notées AAA, à remplacer par le rendement du jour.

    V = 17,93 × (8,5 + 2 × 10) × 4,4 / 5 ≈ 450 $

    Ce résultat est inférieur au cours (531 $) et proche du DCF central calculé par Easira (475 $). Deux méthodes indépendantes qui convergent renforcent la conclusion ; deux méthodes qui divergent fortement signalent une hypothèse à revoir. Avec g = 15 %, la même formule donne 608 $ : un écart qui montre la sensibilité de la formule au taux de croissance.

    Vous pouvez refaire ce calcul avec vos propres hypothèses dans le calculateur de juste valeur Graham.

    Le nombre de Graham

    Pour l'investisseur « défensif », Graham fixait deux plafonds : un P/E d'au plus 15 et un rapport cours / actif net d'au plus 1,5, dont le produit ne devait pas dépasser 22,5. Le nombre de Graham en découle :

    Nombre de Graham = √(22,5 × BPA × actif net par action)

    Il donne un prix maximal à payer plutôt qu'une valeur intrinsèque. Il est surtout pertinent pour des entreprises matures, au bilan riche en actifs ; il pénalise les sociétés dont la valeur repose sur des actifs immatériels peu présents au bilan.

    La marge de sécurité, le cœur de la méthode

    Graham consacre le dernier chapitre de The Intelligent Investor à la marge de sécurité : l'écart entre la valeur estimée et le prix payé. Une formule de valorisation n'est qu'une estimation ; la marge de sécurité protège contre les erreurs d'hypothèses et les mauvaises surprises. Voir le guide de la marge de sécurité et le calculateur.

    Les limites de la méthode

    • La sensibilité à g : quelques points de croissance supplémentaires changent fortement le résultat, comme le montre l'exemple ci-dessus.
    • Les bénéfices comptables : la formule ignore la dette, la trésorerie et la qualité des bénéfices. Un BPA élevé peut cacher un faible free cash flow.
    • La création de valeur : une entreprise dont le ROIC reste sous son coût du capital ne mérite pas la prime de croissance de la formule. Vérifiez le spread ROIC-WACC.
    • Les secteurs inadaptés : entreprises déficitaires, très cycliques, ou dont la valeur tient à des actifs immatériels.

    La formule de Graham est un filtre rapide et un point de comparaison, pas un modèle complet. Le guide DCF vs méthode de Graham explique quand utiliser l'une ou l'autre.

    Sources

    Calculs et sources vérifiés le

    Données utilisées

    • Fiches sociétés Easira — données extraites le 27 août, le 23 septembre et le 6 octobre 2026

    Références

    • B. Graham, The Intelligent Investor — Harper, 1949 (édition révisée 1973)
    • B. Graham, D. Dodd, Security Analysis — McGraw-Hill, 1934
    • A. Damodaran, Investment Valuation — Wiley, 3e édition, 2012

    Méthode et sources d'Easira

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