Un multiple de valorisation rapporte le prix d'une entreprise à l'une de ses grandeurs financières : bénéfice, EBITDA, chiffre d'affaires, actif net ou cash. C'est la méthode la plus utilisée en pratique, parce qu'elle est rapide et qu'elle parle le langage du marché. C'est aussi la plus facile à mal utiliser : un multiple n'a de sens que comparé à des entreprises réellement comparables.
Les cinq multiples à connaître
| Multiple | Formule | Mesure | Adapté à |
|---|---|---|---|
| P/E (PER) | Cours ÷ bénéfice par action | Années de bénéfice payées | Entreprises matures et bénéficiaires |
| EV/EBITDA | Valeur d'entreprise ÷ EBITDA | Prix de l'activité, dette comprise | Comparer des entreprises plus ou moins endettées |
| EV/CA | Valeur d'entreprise ÷ chiffre d'affaires | Prix des ventes | Entreprises pas encore rentables |
| P/B | Capitalisation ÷ capitaux propres | Prix de l'actif net comptable | Banques, assurances, sociétés à actifs |
| P/FCF | Capitalisation ÷ free cash flow | Prix du cash réel (inverse du FCF yield) | Entreprises générant du cash |
La valeur d'entreprise (EV) = capitalisation boursière + dette nette. Les multiples en EV valorisent l'activité pour tous les financeurs ; ceux fondés sur le cours ou la capitalisation valorisent seulement les fonds propres.
Exemple : valoriser la même entreprise avec plusieurs multiples
Entreprise fictive : chiffre d'affaires 1 000 M€, EBITDA 210 M€, résultat net 100 M€ (1,00 € par action), capitaux propres 700 M€, dette nette 300 M€, 100 millions d'actions. Multiples observés chez des comparables : P/E 16x, EV/EBITDA 9x, EV/CA 1,5x, P/B 2,3x.
| Multiple | Calcul | Valeur par action |
|---|---|---|
| P/E 16x | 16 × 1,00 € | 16,00 € |
| EV/EBITDA 9x | (9 × 210 − 300) ÷ 100 | 15,90 € |
| P/B 2,3x | 2,3 × 700 ÷ 100 | 16,10 € |
| EV/CA 1,5x | (1,5 × 1 000 − 300) ÷ 100 | 12,00 € |
Trois multiples convergent autour de 16 € ; l'EV/CA donne 12 €, parce qu'il ignore la rentabilité. Une fourchette de 12 à 16 € reflète mieux l'incertitude qu'un chiffre unique, et se croise avec un DCF pour décider.
Ce que disent les P/E de sociétés réelles
| Société | P/E | ROIC | Lecture habituelle |
|---|---|---|---|
| Schneider Electric | 35,4 | 14,0 % | Croissance attendue (électrification) intégrée au prix |
| Nvidia | 34,7 | 62,0 % | Rentabilité exceptionnelle et forte croissance attendue |
| L'Oréal | 32,6 | 18,0 % | Prime de qualité et de régularité |
| LVMH | 20,5 | 13,9 % | Leader du luxe, valorisation plus modérée |
| Carrefour | 12,6 | 15,8 % | Marges très fines, croissance limitée |
| TotalEnergies | 10,9 | 9,9 % | Bénéfices dépendants du prix de l'énergie |
Données Easira extraites le 27 août 2026 (Carrefour : 23 septembre 2026). Le P/E ne suit pas mécaniquement le ROIC : Carrefour a un ROIC supérieur à celui de LVMH mais un P/E deux fois plus faible. Le marché paie aussi la croissance attendue, la régularité des bénéfices et la solidité du bilan. Un P/E bas n'est donc pas « bon marché » par nature, ni un P/E élevé « cher » par nature : il faut le rapporter à la croissance, ce que fait le PEG ratio.
Les pièges des multiples
- Des comparables qui n'en sont pas : même secteur ne veut pas dire même croissance, même rentabilité ni même risque.
- Le cycle : un P/E bas au sommet du cycle (bénéfices exceptionnels) est un piège classique dans l'énergie, les matières premières ou l'automobile.
- Les éléments exceptionnels : un bénéfice gonflé par une plus-value fait baisser le P/E artificiellement.
- L'endettement : deux entreprises au même P/E peuvent avoir des niveaux de dette très différents — d'où l'intérêt de l'EV/EBITDA.
- Le marché entier peut être cher : valoriser par les multiples, c'est hériter du niveau de valorisation du secteur, qu'il soit raisonnable ou non.
Questions fréquentes
Quel est un bon P/E ? Il n'y a pas de bon P/E dans l'absolu. Il se compare au P/E historique de l'entreprise, à ses concurrents et à sa croissance attendue. Un P/E de 30 peut être raisonnable pour une entreprise en forte croissance et excessif pour une entreprise mature.
P/E ou EV/EBITDA ? L'EV/EBITDA est préférable pour comparer des entreprises aux structures financières différentes, car il intègre la dette. Le P/E reste plus parlant pour l'actionnaire, qui touche le résultat net.
Les multiples remplacent-ils le DCF ? Non. Ils disent si une action est chère par rapport à d'autres ; le DCF dit si elle est chère par rapport aux flux qu'elle générera. Les deux se complètent : voir les 5 méthodes de valorisation.
Sources
Calculs et sources vérifiés le
Données utilisées
- Fiches sociétés Easira — données extraites le 27 août, le 23 septembre et le 6 octobre 2026
Références
- A. Damodaran, Investment Valuation — Wiley, 3e édition, 2012
- T. Koller, M. Goedhart, D. Wessels (McKinsey & Company), Valuation — Wiley, 7e édition, 2020
- P. Lynch, One Up on Wall Street — Simon & Schuster, 1989 (PEG ratio)
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