L'EBITDA est souvent présenté comme un « cash-flow ». C'est un raccourci trompeur : il ne tient compte ni de l'impôt, ni du besoin en fonds de roulement, ni des investissements. Le free cash flow, lui, mesure ce qui reste réellement dans la caisse. Ce guide montre comment passer de l'un à l'autre, étape par étape, et pourquoi l'écart entre les deux en dit long sur une entreprise.
La formule
Free cash flow (FCFF) = EBITDA − impôt sur le résultat d'exploitation − variation du BFR − investissements (capex)
| Étape | Ce qu'on retire | Pourquoi |
|---|---|---|
| EBITDA | — | Résultat d'exploitation avant amortissements : le point de départ |
| − Impôt sur le résultat d'exploitation | Impôt calculé sur l'EBIT (EBITDA − amortissements), pas sur l'EBITDA | Les amortissements sont déductibles fiscalement : ils réduisent l'impôt même s'ils ne sortent pas de la caisse |
| − Variation du BFR | Hausse des stocks et des créances clients, moins la hausse des dettes fournisseurs | Une entreprise qui croît immobilise souvent du cash dans son exploitation |
| − Capex | Investissements corporels et incorporels | L'outil de production s'use et doit être renouvelé, ou agrandi pour croître |
| = FCFF | Cash disponible pour tous les financeurs (actionnaires et prêteurs) |
Pour obtenir le flux revenant aux seuls actionnaires (FCFE), on retire en plus les intérêts après impôt et on ajoute les nouveaux emprunts nets des remboursements. C'est le FCFF qu'on actualise au WACC dans un DCF.
Exemple pas à pas (entreprise fictive, M€)
| Ligne | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| EBITDA | 200 | |
| Amortissements | 60 | |
| EBIT | 200 − 60 | 140 |
| Impôt sur l'EBIT (25 %) | 25 % × 140 | − 35 |
| Hausse du BFR | − 15 | |
| Capex | − 70 | |
| Free cash flow (FCFF) | 200 − 35 − 15 − 70 | 80 |
| Intérêts après impôt | 10 × (1 − 25 %) | − 7,5 |
| Flux pour l'actionnaire (FCFE), sans nouvel emprunt | 80 − 7,5 | 72,5 |
Sur 200 d'EBITDA, il reste 80 de free cash flow : une conversion de 40 %. L'erreur classique serait d'appliquer l'impôt à l'EBITDA (25 % × 200 = 50) : on sous-estimerait le free cash flow de 15.
Le même calcul sur une entreprise réelle
Avec les données Easira du 6 octobre 2026 pour Microsoft (douze derniers mois, en milliards de dollars) :
| Étape | Montant | En % de l'EBITDA |
|---|---|---|
| EBITDA | 194,2 Md$ | 100 % |
| Flux de trésorerie d'exploitation (après impôts payés et variation du BFR) | 182,9 Md$ | 94 % |
| Investissements (capex), par différence | 115,9 Md$ | 60 % |
| Free cash flow | 67,0 Md$ | 35 % |
Jusqu'au flux d'exploitation, la conversion est excellente : 94 % de l'EBITDA arrive en trésorerie. C'est l'investissement qui fait la différence : sur la période, Microsoft a dépensé 116 Md$, en grande partie pour ses centres de données. Résultat, environ un tiers seulement de l'EBITDA devient du free cash flow. Un multiple d'EBITDA qui ignorerait ces investissements surestimerait fortement le cash disponible pour l'actionnaire.
Ce que dit le taux de conversion
Le rapport free cash flow ÷ EBITDA résume l'intensité capitalistique d'une activité :
- Conversion élevée : activités qui investissent peu par rapport à ce qu'elles génèrent (logiciel mature, services, marques fortes). Chaque euro d'EBITDA vaut presque un euro de cash.
- Conversion faible : industrie lourde, télécoms, énergie, ou entreprises en pleine phase d'investissement. L'EBITDA flatte la capacité réelle à rémunérer l'actionnaire.
- Conversion négative : le free cash flow est négatif malgré un EBITDA positif. Acceptable s'il finance une croissance rentable (ROIC supérieur au WACC), inquiétant sinon.
C'est aussi pour cela que deux entreprises au même multiple d'EBITDA ne sont pas forcément aussi chères l'une que l'autre : voir les multiples d'EBITDA par secteur.
Les erreurs à éviter
- Imposer l'EBITDA au lieu de l'EBIT : l'impôt est surestimé.
- Oublier le BFR : pour une entreprise en croissance rapide ou dans la distribution, il peut absorber une part importante du cash.
- Ignorer IFRS 16 : depuis 2019, les loyers ne sont plus des charges d'exploitation, ce qui gonfle l'EBITDA. Retirez les paiements de loyers pour comparer avec des comptes antérieurs ou avec une PME en normes françaises.
- Confondre capex de maintien et de croissance : retrancher la totalité du capex d'une entreprise en forte expansion sous-estime son free cash flow « normatif ».
- Raisonner sur une seule année : le calendrier des investissements et du BFR rend un exercice isolé peu représentatif. Regardez trois à cinq ans.
Questions fréquentes
Quelle est la formule du free cash flow à partir de l'EBITDA ? Free cash flow = EBITDA − impôt sur le résultat d'exploitation − variation du BFR − investissements. L'impôt se calcule sur l'EBIT (EBITDA moins amortissements), pas sur l'EBITDA.
Pourquoi l'EBITDA n'est-il pas un flux de trésorerie ? Parce qu'il exclut l'impôt, les investissements et l'argent immobilisé dans le cycle d'exploitation. Une entreprise peut afficher un EBITDA élevé et consommer du cash.
Quelle différence entre FCFF et FCFE ? Le FCFF revient à l'ensemble des financeurs et s'actualise au WACC. Le FCFE revient aux seuls actionnaires, après intérêts et variation de la dette, et s'actualise au coût des fonds propres.
Quel est un bon taux de conversion de l'EBITDA en free cash flow ? Il dépend du secteur. Il se compare à l'historique de l'entreprise et à ses concurrents directs plutôt qu'à un seuil universel.
Pour la lecture complète du tableau des flux, voir analyser les flux de trésorerie. Pour transformer le free cash flow en valeur, utilisez le calculateur DCF.
Sources
Calculs et sources vérifiés le
Données utilisées
- Fiche société Easira : Microsoft — données extraites le 6 octobre 2026
Références
- IAS 7 — Tableau des flux de trésorerie — IFRS Foundation
- IFRS 16 — Contrats de location — IFRS Foundation, applicable depuis 2019
- A. Damodaran, Investment Valuation — Wiley, 3e édition, 2012
- T. Koller, M. Goedhart, D. Wessels (McKinsey & Company), Valuation — Wiley, 7e édition, 2020
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